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 Chapitre I - La Fuite

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Atebasha
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MessageSujet: Chapitre I - La Fuite   19.05.08 14:46

Ceci est un court extrait d'un récit que je crée depuis quelques années et qu'on peut classer dans le médiéval fantastique (mais incluant merveilleux et science fiction).


Une pluie drue et glacée battait le pays depuis plusieurs semaines. Le sol s’était mué en un bourbier impraticable, les campagnes étaient étrangement désertes et silencieuses, les récoltes pourrissaient sur pied. Le cheval progressait au pas, empêtré comme il était dans le marécage lourd d’une route de terre battue. Son cavalier affichait un air aussi maussade que le temps, tête baissée sous les trombes d’eau que déversaient les nues bien sombres d'un mois de juillet. Le manteau dans lequel il était drapé ne pouvait plus le protéger ni du froid, ni de la pluie ni même du vent vu son état extrême de décrépitude. On pouvait lire une grande lassitude dans son regard. Il était cassé, éreinté par ce temps, cette humidité, qui vous détrempait jusqu’aux os, vous frigorifiait jusqu’à la moelle. Sa monture n’en menait pas plus large que lui. La jument, qui arborait sans doute une robe soignée jadis, se trouvait aussi boueuse que le sentier, l’échine courbée et le souffle court.

Il était temps d’arrêter là les frais. Le cavalier balaya la campagne environnante du regard. Un plat pays s’étendait à ses pieds, à perte de vue, bien que l’horizon fût trop noyé dans le gris du ciel pour qu’il puisse l’apercevoir. A une lieue ou moins vers l’ouest, il distingua une petite bâtisse qui semblait avoir poussé là comme un champignon. Sa cheminée crachotait quelques fumées et cela décida le voyageur à cingler dans cette direction, abandonnant la route qui n’en était plus une pour couper à travers champs.

Un peu plus tard, il démontait, et tenant la jument par la bride frappait à la porte, un épais battant de bois et de fer noir. Un moment passa sans que personne ne vienne ouvrir. Le cavalier recula de quelques pas pour embrasser la demeure du regard.
C’était un bâtiment de pierre, massif et très simple, surmonté d’un toit d’ardoises grises. A part la porte, les murs étaient percés d’une petite fenêtre sur le côté et d’un œil de bœuf. Sans doute la propriété de quelque terrien de la région.
Perdant plus ou moins patience, il frappa à nouveau, à grand coup de pied cette fois-ci.

« - Ouvrez ! Je ne suis qu’un simple voyageur qui a faim et froid.

Il entendit enfin un peu de raffut à l’intérieur, des pieds qu’on traîne, des chaises qu’on tire et quelques paroles échangées. La porte finit par s’ouvrir sur un homme d’aspect assez repoussant, tant par ses vêtements élimés que par sa barbe de trois jours et son visage rougeaud et mal dégrossi. Passé le premier instant de surprise, le cavalier songea en son for intérieur qu’il ne devait guère être plus avenant et tendit la main pour le saluer. Main que l’homme rubicond ne prit pas. Il le scruta un instant, bien qu’il ne puisse pas voir grand-chose : l’étranger était capuchonné, le visage à moitié masqué par un col haut. Il s’effaça pour le laisser entrer.

- Je ne voudrais pas abuser mais je préfèrerais ne pas laisser mon cheval dehors par ce temps…
- Ah ! L’temps ! Temps pourri qu’voici…L’a tout pourri, les récoltes, la santé...Sale temps de chien…

Sur cette dernière phrase, le paysan cracha, et sortant, mena le cheval et le cavalier à l’arrière de la bâtisse, sous un auvent qui devait sans doute servir à entreposer les bûches pour l’hiver. Il attacha la bride à un poteau, puis entraîna son hôte à l’intérieur de la maison, par une petite porte de planches rafistolées.
Ils pénétrèrent dans une pièce assez basse de plafond, sombre, mais dont la chaleur douce donnait immédiatement envie d’y rester après quelques semaines de chevauchée sous la pluie. Le mobilier se résumait en tout et pour tout à une large table de ferme en bois, deux bancs et un lit dans un coin. La cheminée diffusait une lumière rougeoyante et dansante mais le feu n’y brûlait ni bien vif ni bien haut, sans doute à cause du manque de combustible et de son humidité. Un tout petit bout de femme remuait la tambouille d’une marmite en fonte posée dans l’âtre.

- R’garde qu’est-ce qu’j’t’amène Mémère ! Une sorte de freluquet tout seul dehors avec son canasson, par c’temps…

"Mémère" leva ses yeux pochés vers le voyageur et sa petite voix fluette et chevrotante s’éleva :

- L’est pas bien épais hein ? Mangera pas trop c’est bien. C’quoi son nom ?
- Freluquet, ça m’ira très bien. Et qui dois-je remercier pour cette hospitalité qui vient à point nommé ?
- Moi c’est Gontran et v’la ma mère. On n’aime pas trop les étrangers dans le coin. On a eu des problèmes avec des gens de vot’ acabit.
- Qu’entendez-vous par de mon « acabit » ?
- C’pas humain d’aller courir par monts et par vaux par c’temps…Ca cache quelqu’chose. Y’a deux semaines, y’a des gens pas bien qui sont venus. Voulaient se cacher, z’étaient poursuivis par les autorités. On n’a pas ouvert, se sont faits descendre sur le chemin. Des voleurs et des meurtriers qu’y z’étaient, on nous a dit.
- Ma foi, vous pouvez être rassurés sur ce point, je ne suis ni un voleur ni un assassin. Et je compte bien payer ma pitance et mon coucher.

A ces mots, tous les soupçons semblèrent s’évanouir de l’œil du paysan. La vieille sortit la marmite du feu et remplit trois écuelles. Le voyageur prit la sienne tout en se demandant ce que cette mixture pouvait bien être. En la goûtant, il opta pour une purée de fayot agrémentée de navet et d’oignon. Considérant qu’il venait de passer deux jours sans manger et quinze autres à la viande séchée, il s’estima heureux. Et puis ça n’était pas si mauvais. Un peu étouffe chrétien mais ça tenait au ventre. Il avait abaissé son col pour manger, mais son capuchon maintenait plus ou moins son visage dans l’ombre. La vieille lui jetait des regards à la dérobée, une question lui brûlait la langue, pour sur.

- Et si z’êtes pas un fugitif, qu’est-ce vous faites donc à vagabonder par ici avec c’te pluie ?
- Je me rends quelque part.
- C’pas vraiment une explication, hein, entre nous.
- Je vais au-delà des frontières de ce pays, pour rejoindre certaines personnes qui sont de ma famille.

L’homme et sa mère échangèrent un regard un peu méfiant.

- Au-delà des frontières vous dites ? C’pas un peu interdit de sortir du pays ?
- J’ai…une autorisation spéciale. C’est pour un décès, vous comprenez. Mon vieux père. C’est bien normal que j’aille lui rendre hommage.

Et les deux d’hôcher la tête à qui mieux mieux.

- S’fait tard, on va s’coucher. J’m’en vas vous montrer où qu’vous dormirez.
Gontran se leva et au fond de la pièce, il désigna une échelle qui menait au grenier à foin.
- S’rez bien là-haut. Y’a des rats qui font leur nid, mais c’pas bien méchant ces bestioles là.
La vieille éclata d’un rire tremblotant :
- L’est guère plus gros qu’les rats, le freluquet. »

Le voyageur apprécia moyennement la plaisanterie mais fit l’effort de sourire quand même. Il escalada l’échelle brinquebalante et alla se rouler en boule dans le foin comme l’aurait fait n’importe quelle bestiole en mal de gîte depuis une demi-lune.

***


La lumière pâlotte de l’aube filtrait au travers du verre sale de l’œil de bœuf. Une rumeur sourde - des cliquetis et des éclats de voix - tira le voyageur du sommeil qu’il avait eu lourd. Il se dressa d’un bond sur son séant et rampa dans le foin jusqu’à la petite ouverture qui donnait sur la cour de la maison. Cinq cavaliers en armes se tenaient là, Gontran et la vieille s’efforçaient de répondre à leurs invectives. Il reconnu le cuir clouté noir des armées de Nëror de ce côté du pays. Leurs écus étaient frappés de la vouivre argent sur fond sable. Son sang ne fit qu’un tour. Il rassembla les effets qu’il avait mis de côté pour la nuit (en tout et pour tout une dague, une petite poche de laine et une fine ceinture de cuir souple) et sauta au bas de l’échelle.
Il fila par la petite porte qui donnait sur l’arrière, jetant quelques pièces d’or sur la table au passage. Dehors, il délia la jument, l’enfourcha d’un bond et talonna vers l’ouest, sans se retourner.

***


Un crachin tenace avait remplacé la pluie battante de la veille et une brume épaisse pesait comme une chape sur les prés. Le voyageur chevauchait depuis quelques heures déjà, sur le qui-vive. Les cavaliers de Nëror étaient pourtant loin maintenant, mais tout son corps se tendait, aux aguets. Il pourrait fort bien y en avoir d’autres…Cette peur qui l’habitait aiguisait tous ses sens, au point que le moindre bruissement de feuille ou pépiement d’oiseau sonnait comme une menace. Il repensa à la soirée passée chez ces paysans, de braves gens, forts simples. Sa solitude lui pesait et partager un gruau infâme avec ces petites gens l’avait soulagé. Il passa au trot, puis au pas. A quoi bon galoper quand on ne sait où aller. La journée passa, aussi morne que toutes les précédentes depuis le début de cette fuite insensée. Il établit son campement en retrait de la route, sous les couverts d’un bosquet. On approchait les frontières du pays. Comment les franchir, ça, il n’y avait pas encore songé.

***


Le cavalier se réveilla en sursaut, l’esprit encore assourdi du fracas de verre brisé et de l’incendie de son cauchemar. Il se leva, las, et reprit la route.
Il arriva en vue de la frontière en fin de matinée. Les patrouilles armées s’étaient multipliées à son approche, et il avait chevauché loin de la route. Au loin, à l’ouest, on distinguait les Hauts de Glace, noyés dans la brume. L’immense plaine dont il avait parcouru toute la longueur en presque trois semaines s’achevait ici, au pied des versants déchiquetés de la chaîne de montagne la plus élevée du continent. Seul un étroit goulet permettait d’accéder aux contrées qui s’étendaient de l’autre côté. Encore fallait-il passer…
Le col était aux mains de Nëror, c’était le dernier fortin sur ses terres. Où le premier, tout dépendait du point de vue. C’était en tout cas la seule route terrestre vers l’Ouest. Le voyageur flatta l’encolure de sa jument.

« Allons, Zaaria, nous n’avons pas fait tout ce chemin pour nous arrêter à quelques lieues du but, n’est-ce pas ? »

Et regardant à nouveau la frontière, il cingla vers elle.

***


Une palissade de bois haute d’au moins trente pieds ceinturait la petite ville blottie dans le goulet escarpé. Les maisons étaient construites en terrasse sur quatre niveau, et la rue centrale menait jusqu’au point le plus haut de la frontière, le début de la Sente Pavée, un chemin périlleux étranglé entre deux versants des Hauts de Glace. Un millier d’hommes armés et un mur encastré dans la roche, percé d’une seule herse en barrait l’accès. Infranchissable.
Porterel-Roc, passage obligé pour qui veut entrer ou sortir des terres de Nëror. Il existait bien sur une voie maritime, mais depuis plusieurs dizaines d’années déjà, aucun navire n’avait quitté les ports. Le pays était totalement fermé et Nëror s’y retranchait, tandis que ses armées étendaient son influence de plus en plus loin au-delà des frontière, de plus en plus profondément dans le vieux continent. Il fut un temps où elles prenaient par la force, mais désormais, les peuples se ralliaient sans résistance, avec un certain empressement même. Elle était loin l’époque où l’on s’opposait à Nëror.
Le fuyard avait eu vite fait d’évaluer ses chances : elles étaient nulles.

Pénétrer dans la ville, ça, c’était faisable. Certes, il était recherché, mais son accoutrement et sa monture ne correspondaient pas au signalement donné par Nëror. Pour ce qu’il était de sortir du pays, c’était impossible. Il n’avait aucune autorisation spéciale, et s’il se présentait quand même, il serait fouillé, questionné, et on le reconnaîtrait une fois débarrassé de son manteau à capuchon et du col haut qui masquait son visage jusqu’aux yeux. Passer au nez et à la barbe des soldats ? Inenvisageable : les gardes patrouillaient par dizaines, même en pleine nuit. Les archers du chemin de ronde auraient tôt fait de le transpercer de leurs traits.
Le désespoir le gagna. Il ne pouvait plus faire marche arrière.

Il était acculé entre Dun-da-ë-noz et Porterel-Roc.

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MessageSujet: Re: Chapitre I - La Fuite   19.05.08 15:15

On s'y prends vite.. A quand la suite?? Wink
EDIT: oupos pas poster où il fallait...

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MessageSujet: Re: Chapitre I - La Fuite   19.05.08 18:46

super bien ecrit et pressée de connaitre la suite tout comme le debut (dur de suivre avec tout ses noms)
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Atebasha
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MessageSujet: Re: Chapitre I - La Fuite   19.05.08 21:22

Vous serez tous pendus pour avoir osé commenter ici.
Non en fait c'est pas grave.

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