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 Chroniques d'un naufragé

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Geralt de Riv
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MessageSujet: Chroniques d'un naufragé   13.03.08 20:40

Prologue
Année 1243, quelque part sur la mer Méditerrannée...




- Abattez les voiles! Abattez les voiles, bon sang!

Le cri du capitaine se perdit dans le fracas assourdissant du tonnerre roulant sur les vagues. Un éclair d’un bleu aveuglant zébra le bouillonnant ciel nocturne terriblement tourmenté, et frappa le galion de plein fouet. Le grand mât, sectionné, s’abattit dans un enchevêtrement de cordages et la vergue s’écroula, écrasant une poignée de marins et en précipitant d’autres dans les flots bouillonnants qui s’abattaient sans ménagement contre la coque.
La pluie battante se mit alors à redoubler de violence, martelant un pont jonché de débris et de corps épars entre lesquels s’affairaient ceux qui avaient été jusque là épargnés par la fureur de l’océan. Une puissante bourrasque gonfla les voiles noires encore intactes du navire, lui donnant l’image d’un oiseau de mauvais augure déployant ses ailes, tandis que la gargouille ricanante placée à la proue ne semblait pas inquiétée outre mesure par la violence de la tempête.
Le Naufrageur s’écrit en lettres dorées sur les flancs du bateau ainsi malmené, et son nom n’était pas totalement infondé car il ne s’agissait en l’occurrence que d’un bâtiment sinistre transportant sur son dos une troupe d’hommes effrayés. Un marin se signa et déclara d’une voix blanche:


- Que le Très Haut nous épargne! Nous allons sombrer!

- Pleutre! Criai-je en le saisissant par la tunique, le regard aussi menaçant que l‘était le tumulte de la tempête, Retourne à ton poste immédiatement. Ce galion atteindra les côtes d’Égypte coûte que coûte, notre victoire en dépend!

L’homme se dégagea rageusement puis traversa le pont en direction de la poupe en se retenant à tout ce qui était solidement fixé au plancher tant le navire était secoué par les vagues. Je détournai mon regard pour le laisser se poser sur l’étendue d’eau déchaînée lorsqu’un nouveau cri se fit entendre:

- Une brèche s’est ouverte dans la cale! Nous coulons!

A cet instant, le peu de calme qu’avait su conserver l’équipage fondit comme neige au soleil. Des marins et des soldats en armes se mirent à traverser le navire en se bousculant et en hurlant comme des damnés, n’ayant plus que pour seul but que de mettre les chaloupes à la mer. Un vent de panique soufflait sur le pont, et je ne pus m’empêcher de frissonner en imaginant ces hommes grimper sur ces coques de noix qui auront tôt fait d’être littéralement broyées par l’écume rugissante.
De plus, je ne pouvais accepter l’idée de laisser sombrer notre précieuse cargaison dans les abysses froides et insondables de l’océan sans tenter quoi que ce soit; il fallait à tout prix approvisionner les troupes engagées sur le front!

Criant à pleins poumons, chancelant à chaque secousse qui parcourait la structure du navire, je tentais de reformer les rangs désorganisés de l’équipage tandis que le capitaine continuait d’aboyer ses ordres, braillant au timonier de redresser la quille et de virer de trente degrés sur bâbord. L’étrave du Naufrageur se redressa et le pont s’inclina docilement sur la gauche… quand un nouvel éclair ébranla l’arrière du bâtiment, impact presque immédiatement suivi d’une violente embardée qui nous jeta tous sur le pont!
J’entendis derrière moi le cri désespéré d’un homme lorsqu’il fut projeté par-dessus bord, hurlement rapidement tut par le sifflement du vent et le bruit de la pluie. Je me relevais tant bien que mal, lançant un regard interrogateur en direction du capitaine qui demanda à ce que ses hommes s’empressent d’établir un bilan des avaries.
L’éclair avait touché le galion de plein fouet, de sorte qu’il déchira une partie de la coque et endommagea le gouvernail de façon préoccupante. De fait, le navire commença à dériver sur tribord. En outre, une inquiétante fumée noire parcourue de braises incandescentes s’éleva peu à peu de la brèche.
Alors que le bâtiment s’enfonçait dans un gros nuage noir, je sentis l’odeur métallique et âcre du méthane envahir mes narines. Si je n’en ressentis pas immédiatement de gêne particulière, la réaction du timonier et d’une partie du reste de l’équipage face à ces émanations néfastes était dramatique: agrippant leurs gorges à deux mains, des malheureux s’effondrèrent sur le sol en suffoquant.

Parant au plus pressé, le capitaine me cria entre deux quintes de toux de prendre la barre pendant qu’il descendrait dans la cale pour tenter d’éteindre l’incendie et sauver la cargaison. Je me précipitai en direction de la timonerie, le cœur douloureux et les oreilles bourdonnantes, et pris le gouvernail des mains d’un homme au bord de la syncope, m’efforçant de maintenir le cap de ce vaisseau ivre dans la tourmente.

Le vent tourna enfin, rabattant le nuage nocif sur tribord et mes infortunés compagnons commencèrent à recouvrer leurs esprits, lorsqu’une nouvelle menace se profila devant l’étrave: le Naufrageur dérivait inexorablement vers deux larges typhons, séparés d’à peine plus de trente mètres. Arc-bouté sur la barre, je luttai farouchement pour garder le cap exactement entre les deux gouffres grondants et leurs tourbillons vertigineux capables d’engloutir en un instant le plus robuste des navires…
Ce fut un combat de tous les instants que j’eus à mener pour maintenir notre bâtiment. Je jetai la barre à bâbord toute pour contrer cette dérive incessante qui nous rapprochait dangereusement du typhon de droite. Mais l’avarie du gouvernail rendait le comportement du galion aussi rétif qu’imprévisible si bien que, dans les secondes qui suivirent, je dus effectuer en catastrophe la manœuvre inverse pour éviter d’aller nous jeter dans le typhon de gauche!

Une poignée de marins s’étaient attachés au mât, d’autres se contentaient de se cramponner un peu plus fort au bastingage, remettant leur sort entre les mains de Dieu. En désespoir de cause, je concentrai toute l’acuité de mes sens sur un point imaginaire de l’horizon situé dans l’exact alignement de l’étroit mur d’eau qui séparait les deux tourbillons mugissants, en me contentant d’agir intuitivement sur les commandes du vaisseau, comme s’il n’était qu’un prolongement de mon corps.
Je ne pouvais empêcher mon cœur de bondir dans ma poitrine lorsque la foudre qui fusait régulièrement autour de nous venaient frapper les flots dans une cacophonie de fin du monde à quelques encablures à peine du navire, rendant la manœuvre plus délicate encore, et je fis de mon mieux pour anticiper la moindre défaillance, chaque dérobade du Naufrageur, à peine conscient du travail de mes mains sur la barre, restant sourd aux cris de terreur de l’équipage.

Jusqu’au dernier instant, je tirai sur la barre rétive pour arracher le vaisseau des mâchoires de ce piège mortel, en retenant mon souffle. Au bout de ce qui me sembla une éternité, les typhons semblèrent enfin se rétrécir, et furent sur le point d’être tout à fait dépassés quand un formidable éclair frappa une nouvelle fois la coque, juste sous la dunette, et une éblouissante lumière blanche oblitéra mes sens tandis que je fus violemment projeté sur le pont.
Le souffle coupé, je me sentis plonger dans les ténèbres, presque avec un certain soulagement. J’eus vaguement conscience d’une présence qui me surplombait, et je crus sentir une main se poser brutalement sur mon épaule. On me tira sans ménagement à travers le chaos qui régnait sur le pont, et lorsque je parvins à entrouvrir brièvement les yeux, ce fut pour distinguer une silhouette féminine rabattre sur moi le couvercle de ce qui semblait être le caisson à cordage, d’ordinaire placé sur le pont.


- … Alexia…? Soufflai-je, au bord de l’inconscience.

Recroquevillé entre les épais rouleaux de cordage, je guettai les moindres bruits et mouvements de l’extérieur, ma vision se troublant peu à peu. Mon estomac se souleva lorsque le galion se mit à rouler d’un bord sur l’autre, et mon sang se glaça quand de cris de terreur retentirent sur le pont.
Puis, les grincements montant de la cale s’amplifièrent brusquement pour laisser place à un horrible craquement de bois accompagné d’une violente secousse. Le Naufrageur, qui prenait déjà l’eau depuis plusieurs minutes, parut basculer de l’avant en craquant de toutes ses membrures et s’enfonça dans l’océan glacial. C’est alors que je perdis connaissance, m’enfonçant dans un silence surnaturel…




Alexia, vais-je enfin pouvoir te rejoindre…?
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Geralt de Riv
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MessageSujet: Re: Chroniques d'un naufragé   24.03.08 10:35

Chapitre Premier
- Septième jour après la disparition du Naufrageur -




Sept jours depuis mon réveil sur cette plage dénudée de toute vie…
Sept jours depuis que j’ai miraculeusement survécu à cette terrifiante tempête et que je me suis débattu de ces flots d’où semblaient s’élever une voix séduisante…

Une fois de plus, ni Dieu ni le Diable n’ont voulu de ma misérable carcasse.
L’océan lui-même m’a recraché sur le sable chaud, engloutissant mes frères d’armes et les maigres possessions que nous avions pu emporter pour ce long voyage dont beaucoup savaient qu’ils n'en reviendraient pas. Il ne me restait à présent plus que le souvenir de cette nuit de tourmente, et les quelques débris du Naufrageur qui reposaient encore sur la plage, éparpillés autour de moi.
J’ai dû demeurer assis face à la mer durant plusieurs heures, le cœur lourd et le regard tourné vers l’horizon. Je ne comprenais pas pourquoi le sort s’était acharné une fois de plus contre moi, mais contrairement à mes sentiments d’antan, j’en étais arrivé à un stade où j’avais cessé de me tourmenter à ce sujet. J’acceptais maintenant chaque épreuve, chaque coup du destin sans sourciller, sans broncher… Je pense que c’est ce qu’Elle aurait voulu…
Il me semble avoir éclaté de rire face au soleil levant, puis avoir pleuré amèrement la mort de l’équipage…
Eux aussi avaient des familles qui allaient dorénavant connaître mon chagrin.

Je n’ai jamais tenu de « journal », ni même un quelconque carnet de bord. Je n’en ai jamais ressenti ni l’envie ni le besoin, gardant caché au plus profond de mon âme et de mon esprit le souvenir des années les plus heureuses de mon existence… celles passées avec Toi. Ni mes longs voyages sur les routes en quête de succès et de renom, ni mes récents engagements auprès de l’Ordre du Temple ne m’ont incité à les compiler au cœur d’un quelconque ouvrage.
Et pourtant, quelque chose aujourd’hui me pousse à faire virevolter une fois encore ma plume sur ces quelques pages jaunies par le temps et rongées par le sel. Quelque chose d’étrange et d’envoûtant… Quelque chose d’inquiétant et de fascinant à la fois…

Je me nomme Geralt. Geralt de Riv. Et je suis un Templier. L’Ordre du Temple avait été fondé il y a un peu plus d’un siècle de cela, à partir d’une milice appelée les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon. Il est né de l’idée de croisade, laquelle justifia et légitima une institution à la fois religieuse et militaire vouée à la « guerre sainte ». D’antique tradition, le pèlerinage est le rite purificateur par excellence, entraînant pauvreté volontaire, peines, conversion, participation aux souffrances du Christ -pour le pèlerinage en Terre sainte-, contact physique avec un lieu marqué par le divin ou le céleste, rémission des péchés et, s’il y a mort, accès au Paradis.
Rien n’aurait laissé présager qu’un jour, je rejoindrais l’Ordre des Templiers. Natif du royaume de France, issu d’un milieu modeste, je n’avais ni le sang bleu ni l’instruction nécessaires pour ne serait-ce qu’envisager de pouvoir un jour faire partie de cette chevalerie chrétienne. Je n’en avais pas même l’envie ni le désir… Je n’étais qu’un jeune homme insouciant, des rêves plein la tête et le cœur sur la main; un garçon perdu dans un monde fait de contes et de légendes. Oui… je me souviens… J’écrivais. Non pas pour la reconnaissance, mais pour mon propre plaisir, et peut-être aussi pour celui de ceux qui m’étaient les plus chers. Et, il y avait Toi…
Mais un monde sépare dorénavant ce que j’étais et ce que je suis devenu. Un sombre malheur, un cœur noyé dans la haine et la peine, une longue période d’errance et de crimes, un pèlerinage et une tentative de retour à la Lumière… Il y a de cela plusieurs années, après m’être confessé auprès d’un clerc, j’ai entrepris ce pèlerinage qui aura été mon premier pas vers mon acceptation au sein de l’Ordre. Rite périlleux, surtout dans les contrées contrôlées par l’infidèle, je vis ces chevaliers pour la première fois lorsqu’ils escortèrent le groupe de pèlerins dont je faisais partie. J’appris alors qu’ils s’étaient efforcés d’établir des refuges, parfois fortifiés, et qu’ils combattaient la menace musulmane qui s’abattait parfois sur ces occidentaux qui arpentaient ces terres.

Je me souviens clairement de chaque jour passé sur la route, en leur compagnie. Après ces longs mois passés à me lamenter et à pleurer ta disparition, je me réconciliais avec mes valeurs d’antan: le courage, l’honneur, la loyauté… la Foi. Voilà pourquoi je trace ces quelques mots d’une main tremblante, l’esprit agité et le cœur fébrile. Je commence à croire que ce naufrage n’était pas le fruit du hasard. Peut-être même le Seigneur lui-même ne m’a-t-il pas tout à fait abandonné… Serait-il possible que cette mésaventure soit l’occasion d’un nouveau départ, et cette nouvelle contrée, une nouvelle chance de retrouver mon bien le plus précieux? Serait-ce Toi, Alexia, dont j’ai distingué la silhouette alors que le galion s’apprêtait à couler par le fond? M’aurais-tu guidé jusqu’ici afin que je me rapproche de Toi, dans l’espoir que nous puissions nous retrouver après toutes ces années de solitude et de mélancolie?

Et si ces terres étaient la clef de ma délivrance?
Il est grand temps que je délaisse ma plume et que je parte en quête d’un endroit plus sûr et plus accueillant que cette plage. Elle est marquée par le souvenir de cette nuit qui aura vu la mort de mes compagnons, et ce n’est pas elle qui pourvoira à mes besoins.
Peut-être même croiserai-je quelque insulaire qui saura m’indiquer la route à prendre pour atteindre le village le plus proche.
Je n’ai plus une minute à perdre…



...
Je t’entends; Tu m’appelles…
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MessageSujet: Re: Chroniques d'un naufragé   24.03.08 13:41



Geralt de Riv, surnommé « Le Maudit »
Chevalier de l’Ordre du Temple, royaume de France
Disparu en mer à l’aube de la septième croisade
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